Montesquieu et l'Amérique

En 1748, Montesquieu publie « L’Esprit des lois », œuvre gigantesque et universelle qu’il avait mûrie pendant vingt ans. La gloire de ce génial représentant de la Pensée humaine est reconnue dans le monde entier.

 

Par un véritable don de prescience, Montesquieu avait prédit l’avènement au rang de grande nation des Etats-Unis d’Amérique. « L’Esprit des lois » franchit l’Atlantique pour servir de guide et de modèle au peuple américain dont la Constitution, établie après la guerre d’Indépendance, toujours en vigueur actuellement, en est directement inspirée.

On sait que le futur Etat, qui voulait se détacher de la tutelle de l’Angleterre, dut d’abord conquérir son Indépendance, puis s’organiser et se doter d’une Constitution.

Retenons seulement 3 dates :

-Le 4 juillet 1776, après trois ans de soulèvements, WASHINGTON proclame l’Indépendance (fête Nationale aux Etats-Unis).

-Une fois l’indépendance proclamée, il faut la conquérir ! Cela dure sept ans, jusqu’au traité de Versailles, le 3 septembre 1783, en passant par la victoire de YORKTOWN le 19 octobre 1781.

-La paix obtenue, il faut organiser : le 4 mars 1789, l’élection de George Washington comme premier Président des Etats-Unis ratifie la Constitution.

 

MONTESQUIEU, mort en 1755, ne pouvait se douter que ses idées, trente ans plus tard, contribueraient largement à l’établissement de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique, ni que son petit-fils Charles Louis, né en 1749, dépositaire de sa pensée, allait participer d’une façon active et glorieuse à la guerre d’Indépendance.

Et pourtant !

 

A Paris, on se passionne pour les Américains réclamant leur liberté ; Franklin (celui aussi du paratonnerre) remue l’opinion publique, et la cause des Insurgents enthousiasme,

pour des motifs divers, tous les rangs de la société.

Le jeune Charles Louis de Montesquieu ne résiste pas à l’entraînement général ; dans un élan généreux, il veut partir comme ses camarades. Agé alors de trente et un ans, Capitaine au Royal Piémont Cavalerie, il s’embarque avec l’armée de Rochambeau, comme premier aide de camp du Marquis de Chastellux, Major général de cette armée.

Le camp de l’armée française est installé à Newport, puis le Marquis de Chastellux part en inspection dans l’Amérique septentrionale : Charles-Louis l’accompagne.Ils sont reçus par le Général Washington et demeurent plusieurs jours chez lui.

Le petit-fils de Montesquieu raconte dans ses « Souvenirs » que le Général Washington, qui l’honorait de son amitié, lui fit don d’un superbe cheval de race.

C’est lors du siège de Yorktown, en octobre 1781, auquel il prend une part active, que Charles Louis de Montesquieu fait preuve d’exceptionnelles qualités militaires, et d’un courage auquel le Marquis de Chastellux tient à rendre hommage.

Cette victoire, remportée sur Lord Cornwalis, devait se révéler décisive pour la cause de l’Indépendance des Etats-Unis.Rochambeau charge le duc de Lauzin d’aller en France porter à notre ministre la nouvelle de ce brillant succès.

C’est Charles Louis de Montesquieu qui se voit confier le commandement du détachement embarqué à cet effet sur la frégate « La Surveillante ».Il revient en Amérique sur la frégate « La Gloire », qui eut à soutenir, victorieusement, plusieurs combats en arrivant sur les cotes du Nouveau Continent.

Le 11 novembre 1782, Charles Louis de Montesquieu est nommé Colonel et Mestre de Camp en second du Régiment de Bourbonnais qui s’était distingué au siège de Yorktown.

Avant de se séparer, les officiers Américains formèrent une société : l’Ordre de Cincinnatus.

Cette société perpétuait le souvenir de l’amitié forgée au milieu des dangers courus en commun, cimentée bien souvent par le sang versé sur les mèmes champs de bataille, qu’il s’agisse d’officiers de l’Armée française ou de l’Armée américaine.

C’est Washington, premier Président de l’Ordre de Cincinnatus, qui remit lui-même à Charles Louis de Montesquieu, le diplôme et les insignes que pouvaient seuls recevoir les officiers américains et français ayant combattu pour l’Indépendance des Etats-Unis.

Et Charles-Louis écrit alors à l’un de ses amis :

« Le Général Washington m’a embrassé d’une manière si tendre et si affectueuse, que je ne pus me refuser au plaisir de croire qu’il avait quelqu’amitié pour moi.Vous jugez, mon cher ami, combien il est doux d’être aussi bien accueilli par l’homme que l’on estime le plus ».

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